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LA
PUISSANCE SPIRITUELLE DES OBJECT EN AFRIQUE DE L’OUEST
Pour la compréhension
des développements, il apparait nécessaire de fixer certains concepts.
La puissance :
est définie comme le pouvoir d’exercer une autorité, d’avoir une grande
influence.
Quant à la
spiritualité, il s’agit de la qualité, de l’essence de ce qui est
de l’ordre de l’esprit.
En Afrique,
ce qui est immatériel, donc, ce qui est spirituel est intimement lié à ce
qui relève de l’au-delà, au-delà entendu comme la puissance du divin créateur
mais aussi celle de l’ensemble conjugué des devanciers.
Sur ce
continent, toute créature provient de l’esprit divin et dès lors, est
sacré, parce que n’étant pas le produit de la matière humaine. Ainsi, il
est un esprit (certains diraient une âme), il est une force vitale innée à
chaque être ; il est une vie qui relève de chaque être.
Ainsi, la forêt,
au-delà des arbres et des feuillages contient en elle-même un esprit divin.
Dans le milieu culturel au Burkina Faso,
à titre d’illustration de l’Afrique Occidentale
du fait que la forêt est composée de multitude d’arbres et d’herbages,
qu’elle est touffue et complexe, l’esprit divin qui ressort de la forêt
pour l’exprimer ou la conjurer, est l’esprit de la « LA
COMPLEXITE » (divinité ou esprit chargé de la résolution des
problèmes touffus et complexes).
Sous
l’angle de la dureté au sens général de la vie, symbolisée par exemple
par la maladie en général, représentée par une poussée de fièvre,
l’esprit divin à conjurer les sorts ici, c’est la l’esprit de la rivière
(l’eau fraîche douce et qui coule véhiculant vers l’infini les déchets).
GENESE DE
LA PUISSANCE SPIRITUELLE
Pour créer
la puissance spirituelle et les éléments d’expression de cette puissance,
il est recherché et utilisé des éléments directement liés aux phénomènes
de l’au-delà, de la spiritualité de la mort.
A titre
d’illustration, la tunique du masque sacré Karinga chez les Mossé est
d’une nature physique mais sacré lié à la Mort. Les Younyonsé, groupe
ethnique de ce masque disent, que la première tunique a été fournie par
Dieu et venue de la brousse, c'est-à-dire de l’inconnu. Ils n’en
connaissent pas la composition. Pour garder le caractère sacré de toutes
les tuniques successives de cette civilisation qui, selon certaines études,
remontent à plus de 6 OOO ans, les tuniques successives du masque restent
composées d’éléments tirés de la mort.
Sous
l’angle effectif, la tunique est composée de bandes de cotonnade ayant
attachées les bouches des cadavres de dignitaires décédés, de personnes
âgées et de sagesse au moment du décès jusqu’à l’inhumation et qui
ont recueilli les dernières salives, le dernier sang, les dernières sueurs
de l’être humain, c'est-à-dire, les derniers éléments de la vie, mais
aussi certainement ceux qui ont recueilli et conservé les éléments de la
mort.
En dehors des
éléments de la mystique, de l’ésotérisme, de la mort à marquer de leur
sceau et déterminer la puissance des objets de spiritualité africaine, les
lois de la physique elles mêmes peuvent ne pas être étrangères à ce phénomène.
Prenons pour
exemple, la pratique du ministère des devins POESSE (singulier POEGA) de l’Afrique Occidentale, spécialisé
dans la détection des infidélités des Reines de Cours, de leurs amants et
des sorcières dans certains milieux (mangeurs, mangeuses d’âmes). Dans
certains milieux, cette fonction est terrible puisque sa sentence ne connait
que 3 peines : le bannissement, le suicide ou la mort.
Le Poega
pour compréhension, consulte le matin, debout sous un préau à la Cour Extérieure
des Palais Royaux, tenant un plat (laaga)
dans les mains ; cette écuelle contient un liquide dans lequel baigne
une mixture à base de plantes appelées dans le milieu NESSENEEDO
d’où leur devise :
« NESSENEED
Yamb Laaga »
« Le NESSENEEDO
Occupe le plat »
Il y’a un
mystère de conjugaison de phénomène ; un triangle (Triangle) d’éléments
soutient cette consultation. Le Devin (Homme, les hommes, les vivants), dans
sa concentration de consultation qui peut prendre plusieurs heures, regarde,
tantôt le Laaga (le plat, récipient qui le représente lui, homme), tantôt
la Case des Morts dont la porte est face à lui, (Les Morts) tantôt le
Soleil levant.
On a ainsi
une considération conjuguée et d’influences impliquant en un triangle
L’Homme, les Morts, la lumière et la puissance du soleil levant.
Des analyses
récentes de laboratoire ont prouvé que le NESSENEEDO
contenu dans le plat provient d’algues des marais, à propriétés
hallucinogènes.
Ainsi, sans
trop simplifier le mystère des POESSE,
le mystère de leur « PLAT », qui n’a jamais livré son secret
et ne le livrera plus jamais, la fonction ayant été abolie par la
colonisation, et les réels détenteurs, actuellement tous disparus ; il
s’avère, au-delà de la puissance liée aux croyances et au sacré, que
certains éléments de cette puissance peuvent relever aussi d’éléments
de la physique et de la nature, à ne cependant pas pouvoir être isolés des
contextes ésotériques et des mystères à encore
percer.
Ainsi, la
puissance spirituelle des objets en Afrique Occidentale, particulièrement au
Burkina Faso, relève de l’implication de la mort de la nature, de la
physique et mystères du milieu dans la confection.
OBJETS DE
LA PUISSANCE SPIRITUELLE
Dans la réalité
des objets de la spiritualité à avoir une puissance dans le milieu, il
y’a lieu de citer tous les objets
officiellement déclarés du sacré ; il faut le rappeler, le sacré, en
particulier du Burkina Faso, relève toujours de la mort et de l’au-delà.
Chez
les Mossé particulièrement, il n’y’a pas de masque de réjouissance
dans les dizaines de milliers de masques qui couvrent le territoire. Le
masque qui sort et qui s’exprime est toujours dans un contexte de la mort.
En
raison de cela, le masque est reconnu comme détenteur, comme puissance
spirituelle extrême, parce que venu de l’au-delà (la mort), utilisant
dans sa nature (présentation physique, habillement) des éléments de la
mort.
Le
masque est donc ainsi, l’un des éléments les plus forts et les plus
visibles de l’expression de la puissance spirituelle des objets, bien que
le masque dans le milieu ne soit pas considéré comme un objet mais un être
vivant de l’au-delà sur la terre.
En
dehors du masque, il y’a les attributs du masque. En dehors de ce contexte
du masque, il y’a tous les fétiches qui ne sont pas improvisés mais
confectionnés à partir des éléments dits de l’au-delà (hache sacré,
queue, tunique … etc.)
Outre
ces objets créés par l’utilisation d’éléments de la mort, la
puissance spirituelle relève aussi d’objets de grands dignitaires disparus
qui ont marqué leur temps, ainsi que des grands évènements de la vie
ancienne de la société.
Certaines
armes telles que les lances, flèches et carquois, sabres d’apparat de
dignitaires, queue de cheval de dignitaires ont
été des éléments de vie très hautes personnalités passées dans
la légende de l’histoire.
Ces
objets conservés emportent des puissances extrêmes souvent de vénération
et de sacrifice ; par exemple le Naaba (Chef) Ziida de Zitenga Gasongo a
3 tombes.
Son
corps physique est en un lieu, mais l’homme n’est pas seulement ramené
à son corps physique ; la bravoure qu’il a incarnée par les armes
qu’il a utilisées constitue aussi sa personne ; les éléments,
moyens et témoins de cette
bravoure deviennent sacrés à s’identifier à la personne.
Ils
bénéficient d’une sépulture à part (tombe). D’autres éléments
caractéristiques le la vie sont inhumés en un autre lieu. Tous ces trois
lieux sont considérés comme les tombes du même dignitaire à égalité de
considération et de puissance.
Souvent,
la coutume interdit qu’on puisse identifier ces tombes par précision du
lieu où reposent ses restes.
Les
objets peuvent donc revêtir plusieurs formes, plusieurs natures. Leur
puissance est déterminée par la croyance de l’existence de cette
puissance dans le milieu et les différentes manifestations d’intérêt et
de vénération.
RITES DE PERENNISATION
La
puissance des objets de la spiritualité se traduit par des rituels de
rappels saisonniers.
Un
objet sacré, considéré dans le milieu comme contribuant à la procréation
et la fertilité entrainent des rites annuels ou biannuels. À titre
d’illustration, toutes les femmes qui l’ont consulté et obtenu un enfant
doivent venir avec l’enfant pour participer à la vénération de l’objet
spirituel.
TRADUCTION DE LA PUISSANCE
Les
objets de la spiritualité marquent leur empreinte et de leur puissance, les
bénéficiaires de cette puissance.
Ainsi,
si on s’est adressé à la pierre du fondement d’un village (Ting-kougri)
pour avoir un enfant, cet enfant est un produit donc de ce fétiche.
Ting-kougri
est composé de « Tinga » qui signifie « la terre »
et de « kougri » qui est la « la pierre d’origine »,
pierre de fondation.
Les
enfants obtenus par ce fétiche de la terre pourront porter des noms tels que
Tinga (Terre), Ting-Pooko (Fille de la terre),
Tintiga (fétiche d e la terre), Tindaogo
(homme de la terre) …. Etc.
Si
l’enfant est un produit de la forge, on s’est adressé au fétiche de la
forge (le Koudgou) pour l’avoir ; l’enfant pourra porter le nom de Koudgou
(forge), Koudpoko (fille de la forge), Koudraogo
(garçon de la forge) …..
Si
la spiritualité qui a donné naissance à l’enfant est tirée de l’eau,
l’enfant pourra porter le nom de Kuilga
(rivière)
L’Africain
surtout au sud du Sahara divinise pratiquement tout, parce que l’œuvre de
vie de l’homme et de son environnement relève de puissance divine à échapper
à son propre jugement mais impose le respect ; ce respect s’attribue
à des objets particuliers et éléments qui, qui dès lors, emportent une
puissance de spiritualité à marquer leur vie et à orienter dans la considération,
sinon, la vénération et la soumission, leurs comportements
PACERE Franck
Conservateur
Musée de Manéga
Johnson Wait-A-Bit News
2007
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